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IFRS 18 et consolidation : l’année comparative est déjà en cours
Points clés Sur le papier, IFRS 18 est une norme de présentation. Elle ne modifie ni les règles de comptabilisation et d’évaluation, ni le résultat net, ni le résultat de…
Points clés
IFRS 18 remplace IAS 1 pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. L’Union européenne l’a adoptée en février 2026, avec la même date d’entrée en vigueur.
Elle ne modifie ni les règles de comptabilisation et d’évaluation, ni le résultat net, mais restructure le compte de résultat et intègre les indicateurs de performance définis par la direction dans les notes annexes auditées.
L’application est rétrospective. Pour les groupes dont l’exercice correspond à l’année civile, l’année comparative est 2026, soit l’année en cours.
L’essentiel du travail incombe aux équipes de consolidation du groupe, et non aux comptabilités locales.
Sur le papier, IFRS 18 est une norme de présentation. Elle ne modifie ni les règles de comptabilisation et d’évaluation, ni le résultat net, ni le résultat de base et dilué par action.
Mais il s’agit du changement le plus important apporté à la présentation du compte de résultat depuis 20 ans, et les équipes de consolidation en assument l’essentiel.
La norme s’applique également plus tôt que sa date d’entrée en vigueur ne le laisse penser. Son application étant rétrospective, la période comparative doit être retraitée. Pour un groupe dont l’exercice correspond à l’année civile, il s’agit de l’exercice en cours. Les données nécessaires pour présenter l’exercice 2026 selon IFRS 18 sont actuellement collectées, mises en correspondance et consolidées, sans que l’équipe de consolidation en ait nécessairement conscience.
Qu’exige IFRS 18 ?
Un compte de résultat structuré
Les produits et les charges sont répartis en cinq catégories : exploitation, investissement, financement, impôts sur le résultat et activités abandonnées. Deux nouveaux sous-totaux sont obligatoires : le résultat d’exploitation et le résultat avant financement et impôts sur le résultat. IAS 1 permettait aux groupes de choisir les sous-totaux à présenter et le classement des éléments. Cette liberté de choix disparaît.
Ce n’est pas le compte comptable qui détermine la catégorie, mais la nature de l’élément concerné, ainsi que les activités principales spécifiques de l’entité présentant les états financiers : l’investissement dans certains types d’actifs ou l’octroi de financements à des clients. Deux groupes disposant de plans de comptes identiques peuvent donc classer un même élément dans des catégories différentes, tout en respectant la norme.
Indicateurs de performance définis par la direction (MPM)
Un indicateur de performance défini par la direction (MPM) est un sous-total de produits et de charges qu’un groupe utilise dans ses communications publiques, en dehors des états financiers, pour présenter la vision de la direction sur sa performance. L’EBITDA ajusté, le résultat d’exploitation ajusté et les indicateurs similaires doivent désormais figurer dans une note annexe unique aux états financiers. Pour chaque indicateur, cette note doit présenter :
un rapprochement avec le sous-total le plus directement comparable défini par IFRS 18
l’effet fiscal de chaque élément de rapprochement
l’incidence de chaque élément de rapprochement sur les participations ne donnant pas le contrôle
les raisons pour lesquelles cet indicateur reflète la vision de la direction
Ces indicateurs sont désormais soumis à l’audit. L’EBITDA non ajusté (résultat d’exploitation avant dépréciations et amortissements) est exempté de cette obligation, contrairement à ses versions ajustées.
Regroupement et ventilation des éléments
Les éléments sont regroupés ou ventilés selon leurs caractéristiques communes, et le recours à des rubriques imprécises telles que « Autres » est limité. Les groupes qui présentent leurs charges d’exploitation par fonction doivent également fournir, dans une note annexe, une ventilation de certaines charges par nature : dépréciations, amortissements, charges de personnel, pertes de valeur et dépréciations des stocks.
Modifications du tableau des flux de trésorerie
La méthode indirecte prend désormais pour point de départ le résultat d’exploitation. La plupart des options de classement des intérêts et des dividendes sont supprimées. Pour la majorité des groupes, cela implique de revoir le tableau consolidé des flux de trésorerie.
Pourquoi IFRS 18 concerne-t-elle directement la consolidation ?
Chacune des exigences précédentes se traduit par un élément à produire dans le processus de consolidation du groupe. Six points sont particulièrement importants.
1. La catégorie devient une dimension du modèle de données du groupe. La catégorie dépend de l’élément concerné et du groupe. Le compte comptable ne suffit donc pas à la déterminer. Le plan de comptes groupe doit intégrer cette classification, l’appliquer de manière cohérente à toutes les entités et la maintenir lors des changements de périmètre. Les entités ne peuvent pas décider de leur classification au niveau local, car, pour les états financiers consolidés, l’analyse s’effectue au niveau du groupe en tant qu’entité présentant les états financiers.
2. Les écritures de consolidation doivent également être classées par catégorie. Chaque écriture de consolidation relève de l’une des cinq catégories. L’élimination d’une marge interne non réalisée sur les stocks relève de l’exploitation. L’élimination des intérêts d’un prêt intragroupe supprime une charge de la catégorie financement chez l’emprunteur et un produit de la catégorie investissement chez le prêteur : une même écriture concerne donc deux catégories. Les ajustements de juste valeur issus d’un regroupement d’entreprises suivent la classification des éléments auxquels ils se rapportent. Si un moteur de consolidation comptabilise des ajustements sans leur attribuer de catégorie, il ne peut pas produire un compte de résultat conforme à IFRS 18, même lorsque tous les montants sont corrects.
3. Les résultats des entités mises en équivalence sont toujours classés en investissement. La quote-part de résultat des entreprises associées et des coentreprises comptabilisées selon la méthode de la mise en équivalence est toujours classée dans la catégorie investissement, quelle que soit l’activité principale du groupe. Cette ligne n’existe qu’au niveau du groupe : il revient donc à la consolidation de la classer.
4. Les écarts de change suivent la classification de l’élément dont ils résultent. Les écarts de change sur transactions sont classés dans la même catégorie que les produits et charges liés à l’élément dont ils résultent. Les écarts de change sur une créance commerciale relèvent de l’exploitation. Ceux liés à un emprunt relèvent du financement. Un groupe qui comptabilise tous ses écarts de change sur une seule ligne financière doit désormais obtenir des remontées de ses entités permettant de distinguer les écarts de change selon leur origine.
Un cas concerne exclusivement la consolidation. Les écarts de change sur un prêt intragroupe subsistent après élimination (IAS 21.45). En avril 2026, l’IFRS Interpretations Committee a accepté deux approches :
les classer dans la catégorie exploitation ;
les classer dans la catégorie dont auraient relevé les produits et charges intragroupe avant élimination, avec un classement en exploitation lorsque cette détermination implique un coût ou un effort excessif.
Dans les deux cas, il s’agit d’un choix de méthode comptable au niveau du groupe, qui doit être appliqué de manière cohérente.
5. Les rapprochements des MPM nécessitent des données de consolidation. Cette exigence est celle pour laquelle il manque le plus souvent un responsable clairement identifié. Il est impossible de déterminer l’effet fiscal et l’incidence sur les participations ne donnant pas le contrôle de chaque élément de rapprochement à partir d’un montant global consolidé. Il faut connaître la structure de détention du groupe, la composition de l’ajustement au niveau des entités et la situation fiscale correspondante. Le système de consolidation détient ces données, contrairement à un tableur de reporting. Un rapprochement de l’EBITDA ajusté réalisé dans Excel, puis réconcilié manuellement avec les comptes consolidés audités, présente un risque en matière de contrôle, et les auditeurs le vérifieront.
6. Les données comparatives sont nécessaires selon les deux référentiels de présentation. L’exercice précédent est retraité selon les nouvelles règles de présentation. Dans les premiers états financiers établis selon IFRS 18, chaque ligne du compte de résultat comparatif fait l’objet d’un rapprochement entre son montant selon IAS 1 et son montant retraité. Les rapports financiers intermédiaires adoptent la nouvelle structure dès la première période intermédiaire de 2027. Pendant la transition, le groupe doit pouvoir produire les deux présentations à partir des mêmes données et expliquer le passage de l’une à l’autre.
La coexistence de plusieurs référentiels complique encore la situation. IFRS 18 modifie la présentation des états financiers consolidés du groupe établis selon les normes IFRS. Elle ne modifie ni le reporting des filiales selon les US GAAP, ni les comptes sociaux établis selon les normes comptables nationales. Un groupe qui produit l’ensemble de ces états à partir d’un même processus doit désormais gérer plusieurs structures de présentation pour un même ensemble de données chiffrées.
Pourquoi le recours aux tableurs ne fonctionne pas
Les groupes ont généralement géré les changements de présentation au niveau du reporting, en adoptant un nouveau format, en modifiant la correspondance des rubriques ou en adaptant les exports. Cette approche ne fonctionnera pas pour IFRS 18, pour trois raisons :
La classification doit être disponible à la source, pour chaque remontée d’entité et chaque écriture de consolidation. L’ajouter en fin de processus est trop tard.
La note relative aux MPM nécessite de calculer les effets fiscaux et les incidences sur les participations ne donnant pas le contrôle pour chaque élément de rapprochement. Il s’agit de calculs de consolidation.
L’ensemble de la structure est soumis à l’audit, y compris les indicateurs qui figuraient auparavant uniquement dans les présentations destinées aux investisseurs.
Un outil de reporting qui ne permet pas d’accéder aux données de consolidation ne peut pas produire une note IFRS 18 répondant aux exigences de l’audit.
Comment Board prend en charge IFRS 18 dans la consolidation
Dans la solution de consolidation financière de Board, la structure de présentation fait partie intégrante du modèle de consolidation.
La classification intégrée au modèle. La catégorie est un attribut du plan de comptes groupe, appliqué lors du mapping, afin que les données remontées par chaque entité soient classées de manière cohérente. Les règles propres à chaque entité sont paramétrées une seule fois, de manière centralisée.
Les ajustements classés dès leur comptabilisation. Les éliminations, les écritures d’harmonisation et les autres écritures de consolidation sont associées à leur catégorie. Le résultat d’exploitation et le résultat avant financement et impôts sur le résultat sont directement issus des données consolidées. Il n’est pas nécessaire de les reconstituer après coup.
Les résultats des entités mises en équivalence classés selon le périmètre. Le périmètre de consolidation intègre chaque entreprise associée et coentreprise, avec son pourcentage de détention et sa méthode de consolidation, de sorte que sa quote-part de résultat soit classée dans la catégorie investissement.
Les écarts de change classés selon leur origine. Les données remontées par les entités comprennent les écarts de change ventilés par catégorie. Les écarts de change sur les prêts intragroupe qui subsistent après élimination sont classés selon la méthode comptable retenue par le groupe.
Rapprochement des MPM à partir des données de consolidation. Les éléments de rapprochement sont définis à partir des données consolidées, ce qui permet de calculer les effets fiscaux et les incidences sur les participations ne donnant pas le contrôle à partir de la structure de détention du groupe. Chaque ligne conserve une piste d’audit permettant de remonter aux entités et aux écritures correspondantes.
Adaptation du tableau des flux de trésorerie par paramétrage. Le tableau est établi à partir des mouvements consolidés. L’utilisation du résultat d’exploitation comme point de départ et le reclassement des intérêts et des dividendes nécessitent donc de modifier la définition du tableau.
Deux présentations à partir d’un même jeu de données. Vous pouvez présenter l’exercice précédent selon IAS 1 et IFRS 18 à partir des mêmes données consolidées. Le rapprochement de transition exige précisément cette double présentation, qui repose sur le même mécanisme que le reporting multi-référentiels comptables.
Une planification fondée sur les mêmes données chiffrées. Board exécute la planification et la consolidation sur un même moteur. Les indicateurs utilisés pour piloter l’activité et ceux publiés dans les états financiers reposent donc sur les mêmes données chiffrées.
Synthèse des exigences et des fonctionnalités correspondantes
Exigence IFRS 18
Ce qu’elle implique
Comment Board y répond
Cinq catégories et deux nouveaux sous-totaux
Une catégorie pour chaque élément, entité et ajustement.
Catégorie intégrée au plan de comptes groupe et aux écritures de consolidation.
Classification au niveau du groupe
Une analyse unique appliquée à toutes les entités.
Paramétrage centralisé, appliqué lors du mapping.
Résultats des entités mises en équivalence classés en investissement
Classement au niveau du groupe.
Classement déterminé par le périmètre de consolidation.
Écarts de change classés selon l’élément sous-jacent, y compris les prêts intragroupe
Traçabilité des écarts de change jusqu’à leur origine ; méthode comptable définie par le groupe pour les écarts de change intragroupe.
Écarts de change ventilés par catégorie dans les remontées des entités ; méthode définie de manière centralisée.
Rapprochement des MPM avec effets fiscaux et incidences sur les participations ne donnant pas le contrôle
Calcul au niveau de la consolidation pour chaque élément de rapprochement.
Calcul à partir de la structure de détention du groupe, avec piste d’audit.
Charges par nature en cas de présentation par fonction
Nature et fonction renseignées sur les mêmes données.
Deux dimensions intégrées au plan de comptes groupe.
Données comparatives retraitées et rapprochement de transition
Deux présentations d’un même exercice précédent.
Structures de présentation parallèles reposant sur les mêmes données consolidées.
Tableau des flux de trésorerie établi à partir du résultat d’exploitation
Révision du mode de calcul du tableau.
Définition du tableau paramétrée à partir des mouvements consolidés.
Qui doit agir en priorité ?
Les groupes dont l’exercice correspond à l’année civile. Votre période comparative est l’année en cours. Les décisions de classification que vous prenez aujourd’hui détermineront l’ampleur des retraitements à effectuer par la suite.
Les groupes qui publient des indicateurs ajustés. Si un indicateur figure dans une présentation des résultats ou un communiqué de presse, considérez-le comme un MPM et prévoyez que son rapprochement sera soumis à l’audit.
Les groupes qui réalisent des financements intragroupe en plusieurs devises. La classification des écarts de change est l’exigence qui risque le plus d’être identifiée tardivement. Elle peut sembler secondaire jusqu’au moment où il faut en retracer l’origine.
Les groupes disposant de centres de trésorerie, de banques internes ou de holdings d’investissement. Déterminer si le groupe exerce une activité principale spécifique nécessite une appréciation, qui peut entraîner le reclassement de certains éléments d’une catégorie à une autre.
Les groupes qui publient leurs comptes selon plusieurs référentiels comptables. Les différences entre la présentation des comptes consolidés en IFRS et celle des comptes sociaux établis selon les normes locales vont s’accentuer.
Quatre étapes pour se préparer
Évaluer les impacts. Analyser les activités principales du groupe. Faire correspondre les rubriques du compte de résultat actuel aux cinq catégories. Recenser tous les indicateurs susceptibles d’être considérés comme des MPM. Identifier les données qui ne sont pas encore disponibles.
Modéliser la structure cible. Paramétrer les catégories dans le plan de comptes groupe, définir les nouvelles structures des états financiers et établir la méthode comptable du groupe pour les écarts de change intragroupe.
Effectuer une simulation sur la période comparative. Produire les comptes de l’exercice en cours selon les deux bases de présentation. Cela permet d’obtenir le rapprochement de transition. En réalisant cet exercice suffisamment tôt, il devient une opération courante plutôt qu’une difficulté à résoudre lors de la clôture annuelle.
Exécuter les deux présentations en parallèle. Produire les deux présentations pendant la période comparative, corriger les problèmes identifiés lors de la simulation et aborder la première période d’application d’IFRS 18 avec un processus déjà testé.
Pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec une application rétrospective. Pour les groupes dont l’exercice correspond à l’année civile, l’exercice 2026 est retraité à titre comparatif. L’Union européenne a adopté IFRS 18 en février 2026, et le Royaume-Uni l’a également adoptée.
Non. Les règles de comptabilisation et d’évaluation restent inchangées, tout comme le résultat net et le résultat de base et dilué par action. Les changements concernent la classification et la présentation des produits et des charges, les sous-totaux obligatoires et les informations à fournir sur les indicateurs de performance définis par la direction.
Il s’agit d’un sous-total de produits et de charges qu’une entité utilise dans ses communications publiques, en dehors des états financiers, pour présenter la vision de la direction sur sa performance, comme l’EBITDA ajusté. Selon IFRS 18, les MPM doivent être présentés dans une note annexe unique soumise à l’audit, avec un rapprochement vers un sous-total défini par IFRS 18 et l’indication des effets fiscaux et des incidences sur les participations ne donnant pas le contrôle pour chaque élément de rapprochement.
Toujours dans la catégorie investissement lorsqu’elles sont comptabilisées selon la méthode de la mise en équivalence, quelle que soit l’activité principale du groupe.
Les écarts de change subsistent après l’élimination du prêt lors de la consolidation. L’IFRS Interpretations Committee (avril 2026) a accepté deux approches : les classer dans la catégorie exploitation ou dans la catégorie dont auraient relevé les produits et charges intragroupe avant élimination, avec un classement en exploitation lorsque cette détermination implique un coût ou un effort excessif.
IFRS 18 est un projet de consolidation
IFRS 18 est qualifiée de norme de présentation, ce qui conduit les groupes à en sous-estimer la portée. Rien ne change dans les écritures comptables. Ce qui change, c’est la manière dont les résultats du groupe sont structurés, classés, rapprochés et présentés dans les états financiers. Et tout cela relève de la consolidation.
L’année 2026 est l’année de transition, que les groupes l’aient anticipée ou non. Ceux qui l’abordent comme telle auront moins de difficultés en 2027. Cela suppose d’intégrer la classification au modèle de consolidation et de produire les rapprochements des MPM à partir des mêmes données auditées que les états financiers auxquels ils se rapportent.